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Frapper des balles folles comme Charlie Chaplin et Monsieur Hulot

- Mes après midi de tennis d'un autre temps -
de  Eberhard  Pino  Mueller

  
Je retourne régulièrement à Paris car c'est une ville merveilleuse. Pourtant, une fois l'an, je ne vais pas à Paris pour Paris. Cette fois là j'y vais uniquement pour le tennis, pour les Internationaux de France, un tournoi grandiose qui m'attire depuis longtemps. Il faut être présent quand ces virtuoses de la raquette nous ensorcellent dans un silence impressionnant seulement déchiré par les applaudissements de la foule en délire après chaque échange.

Depuis quelques années, j'ai pu voir á Roland Garros les artistes Santana et Pietrangeli, le gaucher Rod Laver, le  
'serveur canon' Stolle, les 'vieux soudards' Roche et Emerson, le petit mais immense Kodes, le noble Gimeno, Nastase l'enfant terrible, Ken Rosewall le 'Petit Maître' , l' 'As' Borg, le beau Panatta, Vilas le poête, le jeune Wilander, la perle noire française Noah et le lutteur inlassable Lendl. Ils m'ont tous séduit. Les parties étaient remarquables, c'était du grand tennis, le meilleur que l'on puisse voir sur terre battue.
 
Riens d'étonnant à ce que je sois retourné régulièrement à Roland-Garros. Mes journées tennis à Paris étaient programmées, sur le même schéma: le matin, un saut au kiosque du coin pour acheter le journal, le petit déjeuner à la terrasse du café, le métro de la station Mabillon à la Porte d'Auteuil puis Roland-Garros où je passais ma journée.
 
Il y a quelques années, je ne sais pas encore pourquoi, j'ai délaissé mon trajet obligatoire pour Roland-Garros pour aller fureter au Jardin du Luxembourg. Tandis que je me promenais sans but, parmi des enfants jouant, leurs mères, des étudiants, des personnes âgées, j'ai soudain entendu le bruit d'une balle heurtant le cordage d'une raquette. J'ai poursuivi mon chemin jusqu'à me trouver devant des terrains de tennis, des terrains comme je n'en avais encore jamais vu. Il s'agissait en fait de quelques filets autour desquels un marquage à la craie nous signalait la présence d'un terrain de tennis. Le sol était en 'terre battue' au sens originel du terme, c'est-à-dire une terre grise, poussiéreuse. Ce n'était pas seulement ces terrains de jeux vieillots qui avaient attirés mon attention, mais aussi les joueurs qui évoluaient dessus. Je me suis alors assis sur un banc et j'ai regardé leur 'exercice'.

Souvent les coups étaient un peu fous, voire comiques. J'avais l'impression de rêver, mais il s'agissait de véritables joueurs. Leurs frappes de balle ne correspondaient pas à celles que l'on montre dans les livres. Pour cette raison, les balles avaient beaucoup de peine à passer par dessus le filet. Elles volaient en tous sens et atterrissaient souvent dans le jardin, au pied des









arbres parce qu' il n'y avait pas de clôture sur les côtés. Toutefois les joueurs prenaient un incroyable plaisir à ce jeu. Je compris alors que j'avais jusque là accordé trop d'importance aux grands joueurs et que ces simples amateurs, que personne ne prenait au sérieux, étaient fascinants. Pour une fois, je ne me sentais pas seulement attiré par la perfection du jeu des champions de Roland-Garros.

 
Je me promis de retourner au Jardin du Luxembourg. Je voulais en savoir plus sur ces terrains et connaître le sens exact du mot 'jeu de longue paume' inscrit sur une pancarte. Après quelques recherches, j'appris que les terrains dataient du dix-huitième siècle, qu'ils avaient été les premiers existant à Paris. Peu à peu le tennis avait remplacé le célèbre jeu de paume, favori des français, qui était implanté là depuis plusieurs siècles.
 
J'avais une grande envie mois aussi de jouer sur ces historiques terrains de tennis. Un jour j'y ai emmené mon jeune fils qui ne pouvait pas comprendre pourquoi je désirais tant jouer sur ce 'champ'. Mais moi, je me trouvais bien dans ce jardin où depuis cent ans, des balles de tennis n'ont jamais cessé de voler. Même le rêve de jouer à Wimbledon n'avait pas pour moi autant de charme - Wimbledon ne se trouve plus sur son terrain d'origine. 
 
A partir de cette date, je suis souvent revenu dans ce parc, pour le plaisir d'observer les amateurs et leur jeu résonnant de clameurs et de joie. Je suis sûr d'avoir vu des serveurs avec un mouvement vraiment unique, qui aurait fait l'admiration d'un Borg ou d'un McEnroe. J'ai alors pensé à écrire un article sur ces joueurs du Jardin comme si j'écrivais sur les 'grands' de Roland-Garros. Je ne l'ai jamais fait et maintenant il est trop tard. Le Jardin du Luxembourg n'est plus tout à fait comme avant. Les jeunes fervents du tennis viennent toujours y passer quelques heures de liberté sur ce vieux terrain de jeu de paume.

Il y a toujours le gardien du parc, qui pour quelques sous vous cède un court. Mais ce n'est plus pour deux francs, il faut donner exactement 9,75 F. Pour ce prix, on a le privilège de jouer sur un terrain en dur entouré de grillages. Les vieux terrains en terre battue ne sont plus, ni les seaux ronds qui contenaient de la craie blanche. Je pense même que nous n'aurons plus la joie d'y voir des Charlie Chaplin et des Monsieur Hulot. C'est dommage. Mais mes amis du Jardin ne pensent pas comme moi. Ils sont heureux d'avoir des terrains en asphaltes et ne regrettent pas ce
'champ labouré' comme l'appelait mon jeune fils.

  Pariser Tennisimpressionen von Eberhard Pino Müller

publié… mai 1985 „Tennis de France"   (tennis magazin)     
                 et  DTZ- Deutsche Tennis Zeitung
                 et  Tennis-Bibliothêque: 
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